Introduction et résumé du projet
En cours de développement par Visceral Visions depuis 2015, CultureBrew.Art (« CBA ») est une plateforme numérique qui promeut et soutient l’interculturalisme intersectionnel en créant des liens, en favorisant la collaboration et en renforçant l’esprit communautaire au sein du secteur artistique et culturel canadien – et au-delà ! Son outil central est une base de données consultable à l’échelle du Canada, regroupant des artistes autochtones, noir.e.s et racisé.e.s qui travaillent dans les domaines de la littérature, des médias, des arts de la scène et des arts visuels – écrivain.e.s, metteur.e.s en scène, comédien.ne.s, danseur.euse.s, musicien.ne.s, chanteur.euse.s, cinéastes, designers, chorégraphes, régisseur.euse.s, compositeur.ices.s, artistes visuel.le.s, professionnel.le.s de la production et autres agent.e.s du secteur culturel – à laquelle les recruteurs culturels du secteur (employeurs et/ou recruteurs culturels offrant une opportunité de développement de carrière : une résidence artistique par exemple) peuvent accéder en tant qu’abonnés.
Conçue par Valerie Sing Turner, codirectrice et responsable créative, CBA a été développé en collaboration avec Anju Singh, codirectrice et responsable technique. Ces deux femmes sont des artistes multidisciplinaires racisées qui ont fait leurs preuves dans la réalisation de projets complexes impliquant un large éventail de collaborateurs, de partenaires et de parties prenantes, ainsi que dans le plaidoyer pour l’équité raciale intersectionnelle.
En tant qu’initiative créée par des artistes racisées pour les artistes PANDC (personnes autochtones, noir.e.s et racisé.e.s) CBA s’appuie sur les 5R de la décolonisation (Linda Tuhiwai-Smith) : respect, responsabilité, réciprocité, pertinence (relevance en anglais) et relationnalité. Nous reconnaissons que l’établissement de la confiance, en particulier au sein des communautés racialisées, est un travail lent et délibéré, compte tenu de l’histoire du racisme systémique et de la suprématie blanche qui continuent de nuire aux personnes racisées. Une partie de ce travail consiste à investir massivement dans un engagement et un développement communautaires qui garantissent l’inclusion des artistes autochtones, noir.e.s, et racisé.e.s, de toutes disciplines, tous handicaps, toutes orientations sexuelles et tous genres confondus, ainsi que dans l’ensemble du pays, y compris dans les communautés isolées, rurales et autochtones.
La raison d’être de CBA
Basé sur une perspective intersectionnelle d’équité raciale, CBA est une intervention systémique centralisée, conçue pour briser les préjugés systémiques reconnus au sein de l’écosystème des arts et de la culture, en transformant le processus par lequel les artistes PANDC sont repérés par les recruteurs culturels. CBA vise à être un facteur indispensable pour maintenir le dynamisme et la forte pertinence des arts et de la culture canadiens; ce faisant, elle favorise la compréhension interculturelle, des pratiques d’embauche équitables et des opportunités d’emploi significatives. CBA invite les participants à réfléchir en profondeur et à s’initier naturellement à l’intersectionnalité en offrant un espace qui met en avant les perspectives des personnes LGBTQ2S+ issues des communautés PANDC, des personnes sourdes issues des communautés PANDC, des personnes malvoyantes issues des communautés PANDC, ainsi que des personnes issues des communautés PANDC en situation de handicap et/ou présentant une neurodiversité.
D’un point de vue strictement artistique, CBA offre un moyen d’envisager la collaboration et le dialogue interdisciplinaires. Elle vise à transformer la capacité des artistes BIPOC à se rencontrer et à tisser des liens entre eux, en leur offrant des occasions de collaborer artistiquement, de partager leurs connaissances et de construire des bases de pouvoir politiques et artistiques. Nous partons du principe que le racisme et la suprématie blanche constituent des enjeux de santé et de sécurité pour les peuples autochtones, noir.e.s et racisé.e.s.
Cependant, CBA est bien plus qu’un simple outil de base de données. Nos recherches indiquent que ce que les artistes PANDC souhaitent réellement, c’est s’engager au sein d’une communauté : entrer en contact et travailler avec des artistes partageant les mêmes idées, trouver des mentors, créer des espaces (en ligne et hors ligne) où ils peuvent rencontrer d’autres PANDC confrontés aux mêmes problèmes systémiques, et trouver ENSEMBLE une voie à suivre. Les recruteurs culturels – casting cinéma/télévision, réalisateur.ice.s et producteur.ice.s indépendant.e.s, théâtres, compagnies de danse et d’opéra, festivals, établissements d’enseignement supérieur et autres programmes de formation à la recherche d’intervenants, agences de publicité, organismes publics chargés de constituer des comités consultatifs artistiques et des jurys de financement, médias à la recherche d’intervenants et de porte-parole, organismes de services sociaux recherchant des personnes PANDC pour travailler auprès de réfugiés, d’immigrés, de jeunes LGBTQS2+, et bien plus encore ! – souhaitent disposer de lignes directrices et d’outils pour éviter les écueils de l’appropriation culturelle et du harcèlement, et pour apprendre les uns des autres.
Grâce à ces actions et à ces intentions, CBA dispose d’un formidable potentiel pour opérer ce changement radical en facilitant la diversification de la programmation et de la représentation sur scène, à l’écran, en studio et au sein de nos communautés. Des études révèlent que les entités qui embauchent des artistes autochtones, noir.e.s et racisé.e.s ont un impact positif sur l'envergure et la diversification des publics, ainsi que sur l’engagement global du public envers les communautés qui ont été historiquement marginalisées, sous-représentées et négligées par l’offre artistique actuelle. L’impact de ce type de représentation et d’inclusion a le potentiel de redéfinir la conception opérationnelle de l’écosystème quant à qui en fait partie, quelles histoires sont importantes et qui est qualifié pour raconter ces histoires. Cela enrichit et approfondit inévitablement le dialogue sur l’équité et l’inclusion aux niveaux civique et politique, ainsi qu’au sein du secteur des arts et de la culture.
Équité, accessibilité, vie privée et sécurité
Consciente du fait que les personnes autochtones, noir.e.s et racisé.e.s – en particulier les femmes – sont davantage victimes de harcèlement en ligne, CBA a mis en place certains protocoles afin de garantir un espace en ligne plus sûr permettant aux artistes PANDC d’échanger entre eux, ainsi qu’avec les personnes et les organisations qui souhaitent les engager :
- Seuls les abonnés payants – et non le grand public – ont accès à la base de données de la CBA. Ce modèle de service payant décourage les trolls qui se propagent actuellement en toute impunité sur les plateformes gratuites telles que Facebook, X, etc.
- Pour les informations personnelles plus sensibles telles que le genre, l’orientation sexuelle et le handicap, les artistes PANDC ont la possibilité de limiter le partage de ces informations à d'autres artistes PANDC partageant la même identité (par exemple, un.e artiste transgenre pourrait souhaiter n’être recherché.e et trouvé.e que par d’autres artistes transgenres), ou uniquement par d’autres artistes de CBA (c’est-à-dire, pas par des commanditaires potentiels). Les personnes souhaitant entrer en contact avec ces artistes pourront toujours le faire en publiant des opportunités sur CBA, ce qui permettra aux artistes de contrôler avec qui ils souhaitent entrer en contact.
- Nous avons collaboré avec un consultant professionnel certifié en protection de la vie privée et un avocat spécialisé dans les droits de l’homme pour élaborer notre Code de conduite et nos Conditions d’utilisation, auxquelles chaque artiste et abonné.e doit expressément adhérer pour pouvoir accéder à la base de données.
- Étant donné que les femmes autochtones et noires, en particulier, subissent plus souvent en ligne de la violence et du harcèlement fondés sur le genre, et sont plus souvent ciblées dans un contexte de traite d'êtres humains, nous avons configuré notre système de paiement de manière à obliger tout le monde – qu’il s’agisse d’un.e artiste ou d’un.e abonné.e – à fournir son nom légal complet et ses informations de carte bancaire, afin de dissuader les agresseurs potentiels et de faciliter l’identification de ceux qui enfreignent notre Code de conduite et/ou nos Conditions d’utilisation.
- Pour les artistes PANDC pour qui le fait de ne pas disposer d’une carte bancaire constitue un obstacle à la participation, nous nous engageons à leur fournir une assistance personnalisée et une activation manuelle qui leur permettront de rejoindre la communauté dès qu’ils auront fourni les informations nécessaires à la vérification de leur identité.
- Nous avons réalisé des investissements pour garantir que CBA soit conforme aux normes d’accessibilité WCAG 2.0, au minimum au niveau AA (parfois AAA). Une partie de cet investissement a servi à financer les services d’une entreprise qui a mis à notre disposition des testeurs issus de minorités ethniques et en situation de handicap, utilisant des aides techniques pour accéder à Internet.
- Visceral Visions a obtenu une autorisation spéciale du Tribunal des droits de la personne de la Colombie-Britannique en réponse à notre demande de dérogation au titre de l’article 42(3) du Code des droits de la personne de la Colombie-Britannique, permettant à CBA de limiter la prestation de services aux artistes s’identifiant comme autochtones, noir.e.s ou racisé.e.s. L’article 42, paragraphe 2, du Code des droits de la personne autorise le Tribunal à approuver tout programme qui « a pour objectif l’amélioration des conditions de vie des personnes ou des groupes défavorisés ». Concrètement, cela signifie que Visceral Visions – et, par extension, la communauté PANDC au sein de CBA – est protégée contre toute poursuite abusive ou toute plainte pour discrimination de la part d’artistes blanc.he.s en raison de leur exclusion de la base de données de CBA.
- Nous nous engageons à collaborer en permanence avec une professionnelle certifiée en matière de protection de la vie privée (qui est également une femme racisée), afin de garantir que l’ensemble de nos politiques et procédures favorisent la sécurité en ligne, la confidentialité et la protection contre l’usurpation d’identité ainsi que contre le harcèlement. Ce processus continu comprend la formation du personnel, ainsi que la promotion de la culture numérique auprès de nos utilisateurs, qu’il s’agisse d’artistes ou d’abonné.e.s.
- Toutes les données de CBA sont hébergées en toute sécurité sur des serveurs situés au Canada, au sein de la coopérative CanTrust Hosting, détenue à 100 % par des Canadiens.
- Les plateformes numériques nécessitent des mises à jour de sécurité continues afin de protéger les informations personnelles privées et sensibles. Compte tenu des communautés que CBA est censée servir, il s’agit d’une priorité absolue. De plus, CBA doit garantir une conformité permanente, alors que les gouvernements provinciaux et fédéraux adoptent des lois plus strictes en matière de protection de la vie privée pour lutter contre la recrudescence des piratages, notamment les attaques par rançongiciel et les atteintes à la vie privée. Outre une assurance responsabilité civile générale, Visceral Visions dispose d’une assurance contre les cyberattaques ; toutefois, nous préférons investir en permanence dans des mises à niveau technologiques afin de prévenir de telles infractions avant qu’elles ne se produisent.